Emprunt de spiritualité et de convivialité, le mois de ramadan est l'occasion de longs dîners en famille et entre amis. S'ils sont souvent dégustés à domicile, la demande de formules "ftour" ou "iftar" (repas de rupture du jeûne) est de plus en plus palpable au restaurant. Quelles opportunités économiques peut-on identifier à les mettre en place ? Que font les restaurants orientaux ?

Crédits photo : @Zainab Shah Buzzfeed

+ 40% c’est l’augmentation moyenne des dépenses alimentaires d’un ménage qui pratique le jeune durant le mois de ramadan en France. Jeûner pour manger plus ? Presque. La grande distribution l’a bien compris : pendant ce mois sacré, les feuilles de bricks, les bouteilles de leben et les dattes fleurissent dans les étals et les promotions se multiplient. Si les repas sont traditionnellement pris à la maison en famille ou entre amis, ils nécessitent de longues préparation qui ne sont pas toujours compatibles avec les rythmes de travail actuels. Reste alors l'option de rompre le jeûne au restaurant. L'opportunité est indéniable pour les restaurateurs ! Mais que mettre en place pour la saisir ? Que vaut l'offre existante ? 

1. Pourquoi proposer une formule ftour (rupture du jeûne) pendant le ramadan ?

Répondre à la demande du marché

La croissance du marché halal n'est plus à prouver en France. Portée par des success stories à l'image de celle de O'Tacos, elle atteint les 10% annuels pour la restauration et approche le 1 milliard d'euros en 2016 (sources : Solis). À titre de comparaison, le marché des produits bio en restauration tous circuits confondus est estimé à 411 millions d’euros en 2016, en croissance de 6,8%.

Chaque mois la requête  "restaurant halal Paris" est ainsi effectuée 100 000 fois sur Google. Les requêtes bien plus spécifiques telles que "restaurant ramadan" "restaurant ramadan Paris" "menu ftour Paris" sont faites 10 000 fois à l'approche du mois de ramadan. Pour avoir un ordre de grandeur, il y a environ 15 000 restaurants à Paris.

Ces volumes de recherches traduisent une vraie demande de marché : les tablées de rupture du jeûne sont traditionnellement richement garnies et leurs préparations nécessitent de longues heures en cuisine. Les rythmes de travail en semaine rendent plus difficile cette organisation et, puisque le ftour est l'unique repas de la journée, les exigences des jeûneurs excèdent souvent les classiques plats commandés dont ils se seraient contentés en temps normal. Par ailleurs, on dîne très rarement seul pendant ramadan : c'est un mois de partage. Les jeûneurs sont alors souvent à la recherche d'un compromis entre gourmandise et convivialité, qu'ils peuvent trouver au restaurant.

Générer du chiffre d'affaire sur une période traditionnellement calme

L'activité des restaurants orientaux est souvent saisonnière : leur cuisine étant souvent associée à de la "comfort food", riche et épicée, ils accueillent davantage de clients en hiver. Si le mois de ramadan est décalé de 10 jours chaque année, il a en ce moment lieu au printemps, période plutôt creuse pour cette catégorie de restaurants. Il offre ainsi l'opportunité aux restaurateurs de réaliser de bons services sur des périodes habituellement calmes. Salah du restaurant Le Vent de Sable nous confie ainsi afficher complet ou presque tous les soirs de ramadan et refuser à contre cœur certains clients qui n'auraient pas réservé.

Accueillir de bons clients aux tickets moyens supérieurs

Les clients pour le dîner de ramadan présentent de nombreux avantages pour les restaurateurs. Ils prennent souvent le temps de réserver et constituent souvent de larges tablées. Les tickets moyens sont également supérieurs à la moyenne puisque les formules ftour incluent a minima une entrée, un plat et un dessert.

Des limites plus opérationnelles qu'identitaires

Certains restaurateurs, à l'image de M. Behdad gérant de Alain Couscous, nous expliquent qu'ils ne souhaitent pas communiquer sur une offre ramadanesque. La raison principale ? "La crainte de refréner la clientèle existante non musulmane" explique-il. Pourtant, la clientèle dite occidentale qui vient pour un couscous semble a priori assez ouverte d'esprit pour apprécier de partager davantage de culture et de mets traditionnels pendant une soirée.

Les difficultés à mettre en place une offre spéciale ramadan peuvent plutôt venir des opérations. Le service étant regroupé sur un créneau horaire, la cuisine doit en effet lancer toutes les assiettes en même temps. Il est alors indispensable de bien former ses équipes pour s'assurer d'un service fluide.

2. Comment la mettre en valeur ?

La présenter sur tous les supports digitaux pertinents

Après avoir formulé le menu spécial ramadan, il est indispensable de le montrer partout où les clients potentiels iront chercher :

  • sur Google My Business : rédiger un post dédié sur la formule, la mettre en valeur avec une photo qualitative, et présente
  • sur le site web : consacrer un encart pour détailler le contenu de la formule et son prix
  • sur les annuaires : mettre en avant la formule (ex : La Fourchette)
  • sur les réseaux sociaux : partager des visuels

Il est indispensable de veiller à ce que l'information disponible en ligne soit toujours cohérente avec la réalité opérationnelle.

Faire des relations presse et influenceurs

En faisant quelques recherches sur Google, il est aisé de repérer les articles qui ressortent en haut des résultats de recherches stratégiques. 

Il est alors judicieux de :

  • identifier les auteurs de ces articles ou les journalistes qui travaillent pour les rubriques "food / lifestyle"
  • rédiger un communiqué de presse pour présenter l'établissement, son histoire et l'offre mise en place pour le mois de ramadan avec des visuels HD qui pourraient être repris par la presse
  • leur envoyer le communiqué de presse et les inviter à essayer pour apparaître dans leurs classements
Demander à ses clients de laisser des avis avec le mot clé "ramadan"

Les algorithmes des moteurs de recherches et annuaires dédiés accordent un poids conséquent aux avis clients. Lorsque les internautes y feront leurs recherches de restaurant avec les mots-clés propres à leur requête, les premiers résultats qui ressortiront seront notamment ceux qui contiennent ces mots-clés dans leurs descriptions ou dans les avis clients laissés.

Demander à ses clients satisfaits de laisser un avis pour partager leur expérience - et y répondre en réutilisant les bons mots clés - renforcera ainsi la visibilité en ligne de l'offre.

3. Nos 12 meilleures adresses de ftour à Paris

1) Pour le meilleur méchoui de Paris : Le Vent de Sable (Paris 15)

Ancien cuisiner de l'Aurassi, Salah a mis au point une recette unique d'agneau braisé. Chaque mois de ramadan il accueille des centaines de clients venus pour partager un bon moment.

On y mange quoi ? Un verre de leben et des dattes, une chorba et des boureks à la viande, un plat au choix (méchoui garni ou tajine poulet), des fruits ou un kalb el louz en dessert. 25 euros. 31 Rue Mademoiselle, 75015 Paris. Réservations ici.

2) Pour un ftour raffiné : Le Mansouria (Paris 11)

Créé en 1984 par Fathéma Hal, chef marocaine reconnue par ses pairs, Le Mansouria propose une cuisine traditionnelle et raffinée. Si à la carte, les pastillas ont beaucoup de succès, la formule ramadan séduit également chaque année de nombreux clients.

On y mange quoi ? Des dattes, du lait, des griweches, une harira, un oeuf, une salade de poivrons et un plat au choix. 32 euros. 11 Rue Faidherbe, 75011 Paris. Réservations au 01 43 71 00 16.

3) Pour un ftour libanais chez le papa ou chez les fils : Feyrouz (Paris 15) - Feyrouz Deli (Paris 14

Fraichement débarqué du Liban en 1976, Michel concrétise son rêve de faire découvrir la cuisine de son enfance aux Parisiens. Il s'installe dans le 15e arrondissement et ouvre Feyrouz : un établissement emblématique, reconnu pour la richesse de sa carte et la qualité de ses mets (100% faits maison). 40 ans plus tard et une seconde ouverture, ses enfants prennent la relève et lancent Feyrouz Deli une adresse plus fast-good pour mettre à l'honneur les recettes de papa. Toujours des produits frais et des portions généreuses.

Chez Feyrouz (l'adresse du papa) : Dattes, chorba, 6 mezzés assorts (chauds et froids), mixte grill (3 nbrochettes) ou agneau farçi ou plat du jour, assortiment baklawas, café ou thé à la menthe. 30 euros sur place, 28 euros à emporter. 8 Rue de Lourmel, 75015 Paris. Réservations au  01 45 78 07 02.

On y mange quoi ? Chez Feyrouz Deli (l'adresses des fils) : Dattes et laban aryan, une soupe qui varie, 5 mezzés froids, un plat du jour ou des grillades, des pâtisseries orientales ou mouhalabié, jus de dattes). 24 euros. Plutôt pour se faire livrer ou à emporter, mais on peut aussi s'y attabler. 91 bis Rue d'Alésia, 75014 Paris. Commandes au 09 54 12 82 14.

4) Pour un repas convivial en terrasse : Chez Younice (Paris 20)

On y mange quoi ? Une soupe harira, des dattes, une crêpe marocaine, plat au choix (tajine, couscous), et un thé à la menthe. Le petit plus ? L'accès à la terrasse pour se rafraîchir. 19 euros. 13 Rue d'Avron, 75020 Paris. Réservations au 01 43 56 84 38.

5) Pour un menu bon marché qui change tous les jours : Le Miyanis (Paris 20)

En salle ou en terrasse, à la bonne franquette Le Miyanis propose des formules très abordables et généreuses tout au long de l'année.

On y mange quoi ? Des dattes et du lben, une chorba et des boureks en entrée, un plat du jour algérien qui varie (m'tewem, chtitha...). 16 euros. 132 Boulevard de Ménilmontant, 75020 Paris. Réservations au 01 47 97 04 99.

7) Pour un ftour traditionnel syrien ; La Rose de Damas (Paris 5)

À quelques pas de l'Institut du Monde Arabe, la Rose de Damas accueille des habitués à la recherche des plats traditionnels authentiques Syriens. Tout est fait maison et savoureux.

On y mange quoi ? Dattes et un jus frais, une soupe, entrées à partager, un plat du jour, un dessert au choix. 25 euros 6 Boulevard Saint-Germain, 75005 Paris. Réservations au 09 80 44 12 00.

8) Pour un ftour raffiné : Essaouira (Paris 16)

Dans un cadre particulièrement soigné, Essaouira sert une cuisine goûtue et généreuse dans un cadre typique.

On y mange quoi ? Un jus d’oranges frais, des dattes, du leben de la harira, des baghrir, un tajine ou un couscous au choix et un thé à la menthe. 35 euros. 16 Rue de Magdebourg, 75116 Paris. Réservations au 01 47 27 57 28.

9) Pour un ftour bio, italo-tunisien en fin de semaine: Figue et Olive (Paris 5)

À la fois restaurant et épicerie, Figue et Olive propose une cuisine à mi chemin entre l'Italie et la Tunisie. Au menu ? Une cuisine 100% maison, à base de produit frais et biologiques.

On y mange quoi ? Une soupe, un plat du jour qui change, un dessert au choix et on termine avec un thé à la menthe. Seulement les vendredi et samedi. 44 Rue Pierre Nicole, 75005 Paris. Réservations au 01 46 34 94 01.

10) Pour un ftour ambiance 1001 nuits : le Méchoui du Prince (Paris 6)

On y mange quoi ? Du leben, des dattes, une brick au thon, de la harira, un couscous ou tajine, une pâtisserie orientale - ou salade de fruits frais de saison et on termine avec un thé à la menthe ou un café. 33 euros. Réservations au 01 40 51 88 48.

10) Pour un repas relevé à la tunisoise : La Goulette Zmen (Paris 15)

Dans un quartier peu animé du 15e, La Goulette Zmen propose des plats tunisiens relevés. Attention, la main n'est pas toujours légère sur le piment.

On y mange quoi ? Une brick, de la salade méchouia, de la soupe, un tajine au choix, une pâtisserie tunisienne et un thé à la menthe. 30 euros. 16 Boulevard Garibaldi, 75015 Paris. Réservations au 01 71 28 91 16.

11) Pour un voyage en Asie : Asian Touch (Paris 10)

Pour changer des traditionnelles chorba, harira et bricks, des restaurants asiatiques (1e continent musulman) proposent des formules généreuses et accessibles pour le Ftour. Asian Touch en fait partie.

On y mange quoi ? Du lait, des dattes, une soupe thaï au poulet, un plat au choix, un dessert et un thé (25 euros). 211 Rue Saint-Maur, 75010 Paris. Réservations au 01 40 35 56 11.

12) Pour un aller simple à Alger : Les Quatre Frères (Paris 10)

Institution du quartier de Belleville, les Quatre Frères sont connus pour leurs spécialités traditionnelles algériennes et leurs brochettes de viandes.  Ambiance populaire et sans chichi, comme à Draria.

On y mange quoi ? Pas de formule ftour mais on retrouve les classiques au menu : chorba, harira, boureks et les chtatah. 15-20 euros. 37 Boulevard de la Villette, 75010 Paris. Réservations au 01 42 02 78 86.

N.B. : Lexique Ramadanesque

  • Leben : lait fermenté qui se rapproche du lait ribot.
  • Chorba : soupe traditionnelle algérienne (tomates, courgettes, coriandre, épices...)
  • Harira : soupe traditionnelle marocaine (lentilles, tomates, oignons, épices...)
  • Boureks/bricks : feuilles de bricks fourrées et frites
  • Baghrir : crêpe 1000 trous à la semoule
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Louiza Hacene

CEO
Malou - Food Influencer Marketing

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