La grève et les perturbations des transports en commun fragilisent de nombreux restaurateurs pendant un mois supposé rimer avec chiffre d'affaires et dîners d'entreprise. Que se passe t-il ? Quelles alternatives plausibles pour limiter les pertes ?

À peine remis des week-ends difficiles suite aux samedis de mobilisation des gilets jaunes, restaurateurs et commerçants de proximité se retrouvent en difficulté. Les grèves menées pour protester contre la réforme des retraites ont bloqué une majorité des transports en commun, rendant difficile l’accès au travail pour beaucoup - et donc la pause déjeuner prise à l'extérieur et également : les dîners au restaurant.
Que se passe-t-il pour les restaurateurs ? Quelles solutions envisager ?

Une douloureuse diminution de la fréquentation des restaurants

Les recherches de restaurants sur Google ont reculé de près 40% en deux semaines de grèves. Pour de nombreux restaurateurs, le chiffre d’affaires est divisé par deux comparé au mois de décembre 2018 (déjà compliqué à cause des manifestations des gilets jaunes le samedi).

Les travailleurs qui en ont la possibilité favorisent le télétravail et ne se rendent donc pas au bureau. Pour les restaurateurs proches de sièges d’entreprises, habitués à bien tourner sur le service du déjeuner : la note est salée.
La desserte en soirée des transports en commun quasi inexistante mine aussi les services du soir.

Pire encore : les mois de décembre avec les dîners d’entreprise, l’euphorie des fêtes et l’augmentation de l’affluence touristique permettent habituellement aux restaurateurs de bien terminer l’année, de récompenser leurs employés avec des primes et même de fermer sereinement quelques jours pour profiter de leurs proches. Ce mois-ci, le scénario est différent. Au-delà du manque de clients, c’est toute la logistique qui est bousculée par les grèves.

Des difficultés opérationnelles qui fragilisent encore plus les restaurateurs

Assurer la présence de ses employés

Pas de télétravail pour le personnel de restauration. Rejoindre l’établissement relève bien souvent de la mission impossible lorsque les employés habitent en banlieue. Le quitter pour rentrer chez eux après le service apparaît comme encore plus compliqué avec la disparition de quelques lignes partiellement fonctionnelles la nuit tombée. Sans clients et sans personnel, comment faire tourner un restaurant ?
D’autant que le problème touche également les fournisseurs.

Se faire livrer les produits dans les temps

En l’absence de transports en commun, les usagers se tournent vers les vélos, trottinettes, deux roues et… la voiture. Résultat : la circulation parisienne vire quotidiennement au rouge dès le lever du soleil. Conséquence ? Les fournisseurs ont du mal à acheminer les marchandises dans les temps aux restaurateurs et rendent d’autant plus difficile le fonctionnement de la cuisine.

À bout, certains restaurateurs partagent leurs situations, « l’URSSAF sera prélevé, à l’heure contrairement à mon métro » ironise un restaurateur sur le blog de Zenchef. Ecaterina, fondatrice de Ibrik prend également la parole sur Instagram pour dénoncer la situation :

Comment tenter de limiter la casse et compenser sur l'activité de janvier ?

Accentuer son ancrage local : miser sur ceux qui habitent proche du restaurant et leur proposer plusieurs moments de consommation

Si se rendre au travail relève de la mission impossible pour beaucoup de Français, ils dorment quand même chez eux, consommer à proximité de leur domicile demeure donc une option envisageable. Les conseils ci-dessous ne s'appliquent malheureusement pas aux établissements situés dans des zones quasi exclusivement composées bureaux. Pour les autres, je citerai l'exemple d'un de nos clients qui réussi à très bien s’en sortir en ces temps de grève : l’Endroit Batignolles. Devenu QG du quartier des Batignolles l'Endroit accueille dès le petit déjeuner ses clients et voisins, avec une offre déjeuner accessible il est aussi devenu la cantine de nombreux habitants. Vers 16h ? C'est l'offre goûter qui permet de faire salle comble et d'accueillir les enfants sortis d'école. Le soir, les familles, amis et couples fatigués de leurs journées s'y arrêtent pour dîner. "Ça marche super bien pendant les grèves, les gens travaillent de chez eux et viennent faire leur pause chez nous, ou alors ils travaillent carrément de l'Endroit" confirme Hubert le gérant.

Proposer des options pour travailler, imaginer une formule "co-working" temporaire

Les travailleurs peinent à se rendre jusqu'à leurs bureaux ? Permettez-leur de travailler en bas de chez eux, chez vous. Proposer une offre assimilable à du coworking : facturer à l'heure passée et mettre un comptoir de café, cakes, pains et choses à tartiner offre non seulement une confortable alternative à ceux qui vivent proche de votre établissement et cela peut vous aider à créer de nouvelles opportunités de chiffre d'affaires.

Anticiper la fermetures de plusieurs écoles avec des activités kids friendly

Les parents ou babysitters souvent mobilisés pour palier les fermetures de certaines classes (les professeurs peinent eux aussi à accéder à leurs écoles !) se trouvent démunis avec les enfants. La météo difficile rend par ailleurs la tâche plus compliquée encore. Proposer une offre de goûter, installer des jeux de société, des coloriages, des activités soulageront les habitants du quartier, raviront leurs petits et permettront de générer un peu de chiffre d'affaires.

Ouvrir la livraison quand le concept s'y prête et communiquer dessus

Éreintés pas des temps de transports à rallonge et des conditions peu confortables, nombreux Français se laissent séduire par la livraison de leur dîner. Si ce n'est pas déjà le cas : proposer des plats à emporter ou en livraison, et le faire savoir sur les réseaux sociaux peut aider à générer un peu de chiffre d'affaires supplémentaires (en prenant bien en compte la commission de 20 à 30% prélevée par les Deliveroo et UberEats).

Partager ses horaires et actualités sur les réseaux sociaux

Si l'établissement décide de fermer certains services beaucoup trop coûteux à maintenir : ne pas oublier de diffuser l'information sur Google My Business, sur les réseaux sociaux et sur toutes les plateformes sur lesquelles il existe. Les incohérences en ligne pénalisent fortement le référencement local du restaurant, et peuvent en plus décevoir des clients qui auront fait le difficile déplacement pour venir.

Proposer des réductions ou offrir des choses pour faire venir ses voisins

La promotion ne constitue jamais une solution viable à un business model. En revanche, certains restaurateurs offrent des cocktails ou des desserts et communiquent dessus sur Instagram pour inciter leurs clients à faire le déplacement.

Mettre en place des navettes ou systèmes de covoiturage pour ses employés

La fermeture de nombreuses lignes de transports, la circulation des voitures et la majoration des tarifs des chauffeurs de taxi ou des VTC affectent largement le personnel de restauration. Mourad, gérant de Mio Posto nous partageait ses difficultés : "Mes employés n'habitent pas intramuros, sur des fins de service, c'est quasiment impossible pour eux de rentrer à la maison". Pour les aider, il a mis en place un système de navettes partagées : deux vans déposent les employés chez eux en fin de service. C'est un coût non prévu, mais permet au moins aux employés de travailler.

Reporter les réservations de groupe prévues en décembre sur janvier

Si de nombreuses sociétés ont annulé leur dîner d'équipe prévu au restaurant, il faut compter sur un rattrapage en janvier. L'anticiper, prévoir des offres de groupes et communiquer dessus pourrait augmenter le nombre de réservations à la rentrée. Également : conserver précieusement les coordonnées des personnes à l'origine des réservations de groupes prévues puis annulées à cause des grèves et les recontacter début janvier favorisera le report des dîners d'équipe.

Toute l'équipe de Malou compatit sincèrement avec ses partenaires restaurateurs et avec tous les commerçants de proximité en général. Nous invitons nos proches et lecteurs à soutenir et à fréquenter le plus possible les commerces pour leur permettre d'affronter la fin d'année avec un peu plus de sérénité.

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Louiza Hacene

CEO
Malou - Food Influencer Marketing

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