Alors que l’on considère la vidéo comme le média numéro un de toutes stratégies digitales en 2018, le mot “podcast” devient une sorte de leitmotiv dans l’univers médiatique. Ce format audio de plus en plus plébiscité par les consommateurs, aborde des thématiques extrêmement diverses. L’on voit fleurir sur la toile de très nombreux podcasts abordant des sujets comme la mode, le design, la justice, et même la cuisine. La gastronomie, art pour lequel le goût est roi, et la vue princesse, laisse donc peu à peu place à l’ouïe et à l’imagination. Alors, comment expliquer un tel boom médiatique autour de ce format ? Et comment interpréter le développement de podcasts culinaires alors que, traditionnellement, la cuisine se déguste, se contemple, mais s’écoute peu ?

Cet article s'attache à décrypter cette tendance qui veut dire beaucoup des habitudes de consommation des Français. Nous nous sommes plongés dans la podcastsphère pour cerner le phénomène et vous en rendre compte au mieux.

L’audio, le prochain format stratégique après la vidéo ?

Un boom médiatique

Le Podcast est en véritable effervescence en France. D’après un sondage OpinionWay, 39% des Français écouteraient désormais des formats de ce type. Selon Médiamétrie, 4 millions de personnes consommeraient même des podcasts radio chaque mois. Augmentation du nombre de consommateurs rime forcément avec augmentation des ressources publicitaires. Pour cela, le podcast ne fait pas exception : le marché publicitaire du podcast américain a bondi de 85% en 2017. Slate a ainsi annoncé gagner 25% de ses revenus grâce au format podcast et a donc décidé de créer sa propre boîte de production dédiée.

Alors forcément, la médiasphère s’affole et le mot podcast se lit sur toutes les lèvres. France Culture parle ainsi de révoluSon tandis que dans le même temps, les 11e assises du journalisme de Tours ont choisi cette année de se pencher sur “la folie des podcasts”. Et cet affolement ne se résume pas à du bruit médiatique. On observe également une production de podcasts de plus en plus importante. Des médias comme L’Equipe, Arte ou encore Les Echos créent leurs propres formats, transformant l’audio en une opportunité de déclinaison de leurs contenus.

Un format qui s’adapte aux besoins des consommateurs

Alors que l’on a considéré pendant plusieurs dizaines d’années que la radio avait du mal à trouver son public en comparaison à la télévision, l’audio semble ces dernières années prendre sa revanche sur l’image. Mais comment expliquer ce regain d’intérêt de la part des consommateurs, à une époque où l’image prime parfois sur le contenu (on pense alors au nombre de caractères restreints sur Twitter, aux photos sur Instagram, aux médias comme Brut qui se spécialisent dans la vidéo...) ?

Ce sont d’abord les progrès technologiques qui nous apportent une réponse. Ils ont permis une diversification des sources d’informations et de divertissement. Certaines techniques se sont développées, comme le son binaural qui permet de vivre une expérience d’écoute unique, en restituant l’écoute naturelle en trois dimensions (nous vous invitons à faire l’essai en écoutant ces exemples déroutants).

Il est également intéressant de remarquer que les podcasts ont réussi à profiter des transformations sociales pour s’implanter dans le quotidien de leurs consommateurs. A une ère où nos trains de vie s’accélèrent et où il nous est parfois difficile de trouver le temps pour une émission de radio, les podcasts se sont imposés comme un très bon moyen de concilier mobilité et divertissement.

Nul besoin d’être installé à un café ou dans un canapé pour les écouter, vous pouvez les télécharger et les dévorer en marchant, en prenant les transports ou encore en faisant du sport… Ils sont pratiques et nous donnent le sentiment d’optimiser notre temps car ils nous permettent de faire plusieurs choses à la fois tout en les écoutant avec attention. Comme la radio, nous direz-vous. Oui, à la différence que le podcast, délinéarisé par essence, n’a pas d'heure : il peut être consommé à n’importe quel moment de la journée, de la semaine, du mois.

Mais comment expliquer la production de podcasts culinaires ? Qu’est-ce que ces émissions disent de notre rapport à la gastronomie ?

En 2018, la cuisine se vit comme une expérience sensorielle et émotionnelle

La vue s’est imposée comme essentielle aux côtés du goût dans l’expérience culinaire

Aujourd’hui, la gastronomie se vit sensoriellement. Il suffit de se pencher sur Instagram pour s’en rendre compte : la thématique “food” est l’une des favorites des utilisateurs du réseau social (retrouvez à ce propos notre article consacré aux stratégies à déployer par les restaurateurs sur le géant social).

La vue n’a jamais été autant mobilisée en cuisine, à tel point que la qualité “Instagramable” semble parfois détrôner celle du goût. Séduire les papilles ne semble plus suffire, il faut également flatter les pupilles... Nous sommes loin des plats de nos grands-mères, gourmands mais parfois peu ragoûtants. La gastronomie moderne nous régale les yeux avant de nous régaler le ventre. Pour autant, de très nombreux médias font échos d’un trop plein d’images, et d’une volonté des consommateurs de retourner à plus de simplicité. Dans ce contexte, le podcast pourrait tout à fait tirer son épingle du jeu.

La cuisine se raconte en podcasts

L'adage du podcast pourrait être "loin des yeux mais près du cœur". Les podcasts culinaires s’imposent en effet aujourd'hui comme une ode à notre bouche en ce qu’elle n’est pas simplement le théâtre d’une explosion de saveurs, mais aussi investie d’une grande dimension narratrice. La voix est l’instrument qui permet de transmettre des savoirs et des histoires à l’oreille de qui veut l’entendre.

L'oralité permet de mettre des mots sur des goûts et des saveurs de manière bien plus explicite et précise. Le mariage des sons au sein du podcast permet d’aborder la cuisine sous un angle différent en plaçant la notion de partage et de transmission en son cœur. Via un podcast, il est plus aisé de pénétrer dans l’intimité des cuisines et de prendre connaissance des histoires qu’elles hébergent. La cuisine se met en récit et se vit par l’ouïe. Elle n’est plus une simple gourmandise, elle redevient un univers à part entière dans laquelle est en cause une chaîne d’acteurs (cuisinier, producteurs…) porteurs d’histoires au-delà de saveurs.

Les podcasts culinaires, de l’émotion avant tout

Avec le podcast, nous sortons donc de la tendance du foodporn consacrée sur Instagram, et nous redonnons de la substance à ce que nous mangeons. Delphine Le Feuvre, créatrice du podcast  l’Epicurieuse, nous confie aimer pénétrer plus intimement dans l’univers d’un Chef, dans celui de la cuisine d’un pays, de l’histoire d’un produit… Elle nourrit ses podcasts de rencontres et d’échanges avec des personnes pas nécessairement connues, mais qui ont une histoire particulière avec le produit qu’elle met à l’honneur dans son épisode mensuel. Plus qu’une revue d’actualité sur les nouvelles tendances food ou les nouveaux restaurants que le tout Paris s’arrache, Delphine est sensible aux récits de vie autour de la cuisine, à tout ce qu’elle lègue d’une génération à l’autre et à la convivialité qu’elle diffuse. C’est l’émotion que recherche cette journaliste amoureuse de la gastronomie.

Si l’on observe le podcast du Chef triplement étoilé de l’Arpèges, Alain Passard, on observe la même envie de diffuser des émotions. Et pour rendre cette transmission plus palpable que jamais, le cuisinier a décidé de placer la musique au cœur de son émission. Une recette de cuisine est pour le chef comme une partition composée de notes de cœur et de tête. Chaque samedi sur France Musique, il partage ainsi avec ses auditeurs une de ses symphonies dans « Le palais musical d’Alain Passard ».

Alors, oui, les émissions radiophoniques et les podcasts culinaires sont de plus en plus présents dans notre univers médiatique. Certains médias ont même placé ces émissions au cœur de leur stratégie éditoriale. France Inter a été l'un des médias pionniers en la matière. Certaines des émissions culinaires que la radio diffuse sont même devenues cultes dans le champ médiatique français et ont certainement participé à leur manière à la production toujours plus importante de podcasts culinaires. L'on pense ainsi à la superbe "On va déguster" présentée chaque dimanche par le très grand François-Régis Gaudry, entouré d'intervenants de talent. L'équipe de gourmands réussit avec brio à partager leur amour de la gastronomie et à replacer les petits bruits du quotidien (casseroles frémissantes, bulles de champagnes, tournoiement de cuillères...) au cœur de l'expérience culinaire.

Le podcast rend finalement hommage à cette perception française de la cuisine qui se conçoit comme un art empli d'histoire et vecteur d'émotions. Ce format centré sur l'ouïe appréhende la gastronomie sous un nouvel angle, dans un contexte où nos pupilles sont saturées de photographies de plats en tout genre. Non moins importante, l’ouïe permet à la cuisine de prendre du corps et de l'épaisseur.

Nous conclurons cet article en nous disant que, trop souvent, la vue a été privilégiée au détriment des autres sens, relégués au second plan. Pourtant, ils ont toute leur importance. La cuisine est en effet une expérience polysensorielle qui met tous nos sens en émoi en les sollicitant ensemble et non pas dans leur unicité. Cette prise de conscience de nos sens en cuisine, permet aux chefs, restaurateurs et acteurs des médias de travailler sur de nouvelles stimulations sensorielles en accordant une place aux autres sens.

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Sara Riet

Chargée de contenu éditorial

Malou - Food Influencer Marketing

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